La Chine cherche à se procurer du bois à l'étranger. Au grand dam des scieries françaises qui dénoncent un manque de ressource de plus en plus criant, les obligeant paradoxalement à tourner au ralenti alors que la demande nationale explose. 

Les scieries tournent au ralenti alors que la demande explose

Philippe Siat, le président de la Fédération nationale du bois, est inquiet. « Les volumes de chêne brut disponibles pour la filière nationale ont été divisés par près de deux, passant de 2,45 millions de m3 en 2007 à seulement 1,25 million en 2017 », déplore-t-il dans les colonnes de Sciences et Avenir.  Et certaines scieries doivent ralentir leur activité, fonctionnant à 60% de leur capacité par manque de matière première. Une situation d'autant plus paradoxale qu'au même moment, la demande en bois de feuillus explose en France : les commandes en bois de rails vont bon train et les acheteurs, qui se tournent traditionnellement vers cette filière pour le parquet et les meubles, sont de plus en plus nombreux aujourd'hui à opter pour des constructions en bois et des solutions de chauffage au bois.

Comment expliquer cette situation ? « Pour contrer l'avancée du désert dans ses régions du Nord et stopper la surexploitation de ses forêts, la Chine a fortement réduit ses coupes de bois et cherche donc à s'approvisionner sur les marchés extérieurs », explique Philippe Siat. Mais alors que la plupart des pays protègeraient leur ressource par le biais de quotas et de taxes à l'export, les traders travaillant pour le compte d'acheteurs chinois auraient, chez nous, les coudées franches. De 50.000 tonnes de grumes achetées à la France en 2007, les commandes des industriels asiatiques seraient ainsi passées à 500.000 tonnes dix ans plus tard. Sur la même période, le prix du chêne a augmenté de façon exponentielle, passant d'un indice 100 en 2007 à 160 en 2017. Un coup dur pour la filière bois française.

Le bois français, vendu à la Chine, revient dans l'Hexagone sous forme de meubles bon marché ou de lattes de parquet

La Fédération nationale du bois regrette que tout ce chêne brut vendu à la Chine revienne en France transformé en parquets et autres meubles bon marché. Un aller-retour de 30.000 kilomètres d'autant plus préjudiciable au réchauffement climatique, qu'il génèrerait 17 fois plus de gaz à effet de serre que si le bois était transformé en France. Les professionnels réclament la mise en place d'une labellisation qui imposerait aux propriétaires privés, possédant 70% de la surface forestière française, que les arbres abattus soient transformés sur le continent européen. Ils ont interpelé Emmanuel Macron pour que ce dernier réagisse à l'exportation massive de grumes de chêne vers l'étranger.

Mais la filière française se trouve dans une situation contradictoire. Bien que la surface des forêts françaises a été multipliée par deux en l'espace de cent ans, la production de bois d’oeuvre (construction et menuiserie-ébénisterie) n'a cessé de baisser. Et si l'autre raison du déficit était à chercher du côté de la récolte de chênes, qui a diminué de 400.000 m3 ces dix dernières années ? Les forestiers privés français mettent l'accent sur le fait que l’industrie du bois française se serait progressivement concentrée sur les résineux, les feuillus ne représentant plus, aujourd'hui, que 28 % de la récolte. En quinze ans, les abattages de feuillus auraient baissé de 30% et la production de sciages, de 60%... alors qu’en Europe, elle n’aurait baissé que de 10%. La faute, selon eux, « au manque d’investissement, la capacité à innover dans les outils pour augmenter la création de valeur ajoutée et surtout une vieille tradition qui fondait le modèle économique des scieries autant sur le négoce du bois que sur la production de sciage ».