Les ALPES :
« indicateur du climat »
confirment le réchauffement climatique
Ultimes archives du climat européen, les glaciers des Alpes, s'amenuisent inéluctablement sous les coups du réchauffement climatique. Les Alpes, les Andes ou l'Himalaya représentent de véritables "indicateurs du climat" ; on peut ainsi mesurer l’évolution du climat grâce à ces glaciers.
L’exemple le plus significatif qui montre l’ampleur du phénomène devant le glacier emblématique des Alpes françaises est la Mer de Glace. "Depuis 1900, explique Delphine Six, physicienne au Laboratoire de Glaciologie et Géophysique de l'Environnement (LGGE), le glacier a perdu ici 110 m d'épaisseur, passant de 230 m à 120 m". Et depuis 20 ans, cette épaisseur diminue à un rythme de 3 à 4 m par an. La moraine, au bout des glaciers alpins, forme une large plaie : le front de la Mer de Glace a reculé de 370 m entre 1993 et 2005 et les projections prévoient un recul de 600 à 900 m dans les 20 prochaines années. Son voisin, le glacier des Bossons, a perdu 650 m en 25 ans.
A l'observatoire Vallot, en contrebas du Mont Blanc, le chercheur Michel Legrand prélève ainsi des carottes de glace qui lui permettent de "reconstruire la composition chimique de l'atmosphère" dans le passé. Seule la glace conserve à l'état pur les composés chimiques présents à l'état de trace dans l'atmosphère, explique-t-il. Et "ce qui est intéressant dans les Alpes, se réjouit-il, c'est que l'on observe les phénomènes à l'échelle européenne".
A terme certaines données risquent de disparaître avec la réduction générale des glaciers alpins : selon le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), ils ont déjà perdu près des deux tiers de leur volume initial. En Autriche, ils ont reculé en moyenne de 22,2 mètres l'an dernier, affirme de son côté le Club alpin autrichien (OeAV).
Pour les spécialistes du LGGE, l'affaire est entendue : le réchauffement climatique est le responsable. "Les précipitations, à l'échelle d'une centaine d'années, ne diminuent pas", fait remarquer le scientifique Christian Vincent. Donc, si la fonte n'augmentait pas, les glaciers resteraient en bonne santé.
Et les chercheurs viennent de mettre le doigt sur un nouveau phénomène, plus inquiétant encore : les glaciers de haute altitude, dont le volume reste encore stable, commencent eux aussi à être atteints en leur sein même par le réchauffement.
Au Dôme du Goûter, dans le Massif du Mont Blanc, "la température est passée de -11 degrés Celsius en 1994 à 50 m de profondeur, à -9,5 degrés en 2005, soit une différence de 1,5 degré", note Christian Vincent. Ces glaciers pourraient donc tendre vers une température en profondeur de 0 degré à l'horizon 2100, ce qui les déstabiliserait. "Les archives enfermées dans ces glaces vont donc se dégrader, et dans 20 ans elles ne seront plus utilisables", s'alarme le directeur adjoint du LGGE, Jérôme Chapellaz, en annonçant la perte d'un "patrimoine mondial".
Source AFP